Ce qu'il faut changer pour le traitement des mammites cliniques en lactation

Publication : dimanche 28 juin 2015

Nouveau référentiel vétérinaire 2013. L'utilisation systématique des antibiotiques à large spectre n'est pas un gage d'efficacité, et la poursuite des traitements antibiotiques au-delà de deux échecs est anti-économique. Place aux bonnes pratiques !

Douze ans après la mise en place de l'action mammites GTV Partenaire, un nouveau référentiel vétérinaire balise le traitement des mammites et les protocoles de soins. La mise à jour de cet outil destiné aux vétérinaires était devenue indispensable pour prendre en compte d'importantes évolutions : la priorité donnée à la lutte contre l'antibiorésistance et à la préservation de la santé publique, l'apparition de nouvelles spécialités (antibiotiques, obturateurs de trayons au tarissement, vaccin), le développement de la bactériologie dans les cabinets vétérinaires et de la médecine de troupeau, et la mise en place d'un bilan sanitaire d'élevage annuel et l'élaboration de protocoles de soins (décret prescription-délivrance).

Le référentiel 2013 définit les grandes règles de traitement ainsi que les arbres décisionnels conduisant à une prescription raisonnée. Il prend en compte l'efficacité sanitaire des traitements mais aussi leur efficacité économique ainsi que leur sécurité par rapport à l'antibiorésistance. Et il concerne l'ensemble des traitements, qu'ils soient à visée curative ou préventive, appliqués au tarissement ou pendant la lactation.

Voici les principales recommandations préconisées par le référentiel 2013 pour le traitement des mammites cliniques en lactation.

1) Supprimer les traitements antibiotiques inutiles

Le premier réflexe en cas de mammite clinique est d'appliquer un traitement antibiotique. Si c'est parfaitement justifié vis-à-vis d'une infection qui vient de s'installer, ça l'est beaucoup moins pour des infections anciennes, particulièrement lorsqu'elles ont déjà fait l'objet de traitements n'ayant pas entraîné la guérison.

Ainsi, le taux de guérison bactériologique du traitement, qui est de l'ordre de 50-60 % pour une nouvelle infection en première intention, tombe à 10-15 % pour une première rechute et à 5 % environ pour une seconde rechute. Traiter n'est alors plus justifié sur le plan économique. Le référentiel recommande donc de renoncer au traitement antibiotique des rechutes cliniques au-delà du second échec. De la même manière, on évitera les traitements antibiotiques lorsque le score cumulé de non-guérison atteint ou dépasse 3.

Dans ces situations, l'objectif n'est plus d'obtenir la guérison bactériologique mais une réduction des signes cliniques locaux pour pouvoir continuer à livrer le lait en attendant le tarissement ou la réforme de l'animal. Dans ce but, le référentiel préconise l'application externe de pommades diminuant la congestion du quartier ou encore l'arrêt de la traite du quartier atteint pour obtenir son tarissement anticipé. L'administration dans ce quartier après la dernière traite d'un obturateur interne de trayon peut venir en complément chez les vaches dont la production est encore élevée avec risque de perte de lait.

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2) Éviter d'utiliser les antibiotiques « critiques »

Certains antibiotiques dits « critiques » sont irremplaçables en médecine humaine et la préservation de leur efficacité est une priorité de santé publique. Il s'agit essentiellement des fluoroquinolones et des céphalosporines de 3e (céfopérazone) et 4e générations (cefquinome). Leur utilisation en médecine vétérinaire devrait être aussi limitée que possible.

Cela passe en premier lieu par un strict respect des indications d'AMM : les céphalosporines de 3e et 4e générations ne sont pas autorisées par voie générale contre les mammites et l'utilisation des fluoroquinolones est strictement limitée aux cas de mammites aiguës dues à Escherichia coli.

3) Limiter strictement les traitements par voie générale

La voie locale, c'est-à-dire l'injection par le canal du trayon, est systématiquement privilégiée par le référentiel 2013. On obtient par cette voie des taux de guérison au moins équivalents à ceux des traitements par voie générale avec une quantité d'antibiotiques administrée de l'ordre de dix fois plus faible. Par ailleurs, les antibiotiques administrés par voie générale ont des effets collatéraux sur les bactéries commensales, notamment du tube digestif et de la peau, dont ils sélectionnent les souches résistantes, favorisant l'émergence d'antibiorésistances (par transfert des gènes en cause).

La voie générale n'est envisagée que dans des cas bien précis de mammite clinique pour un traitement complémentaire. Il s'agit :

- de forte congestion du quartier réduisant la lumière des canaux galactophores et gênant le passage vers les acini mammaires de l'antibiotique administré par voie locale;

- de mammite clinique aiguë avec risque de passage de bactéries, notamment Escherichia coli, dans la circulation sanguine pouvant entraînant la mort de l'animal;

- de mammite clinique se déclarant après plusieurs comptages cellulaires élevés indiquant l'ancienneté de l'infection. Le traitement complémentaire avec un macrolide ou le pénéthamate vise alors à atteindre des bactéries pathogènes en localisation profonde dans le parenchyme mammaire;

- de première rechute de mammite clinique pour optimiser un traitement de la dernière chance.

4) Éviter les antibios à large spectre

Beaucoup d'éleveurs utilisent de manière systématique des antibiotiques à spectre large, c'est à dire actifs à la fois contre les bactéries à Gram - (comme le colibacille) et à Gram + (comme les streptocoques et les staphylocoques) pour le traitement des mammites cliniques. Il faut mettre un terme à cette utilisation systématique généralement associée à l'absence de toute démarche diagnostique: elle ne garantit pas d'obtenir les meilleurs taux de guérison d'une part et elle favorise l'antibio-résistance en augmentant la pression de sélection sur les flores commensales.

• Les traitements à spectre large ne sont pleinement justifiés qu'en première intention dans des élevages où il n'y a pas de pathogènes dominants ou sur des cas de mammites cliniques aiguës avec atteinte de l'état général qui peuvent être dues aussi bien aux entérobactéries (Gram -) qu'à Streptococcus uberis (Gram +).

5) Privilégier les antibiotiques à spectre étroit

• Des traitements de première intention à spectre limité aux Gram + sont indiqués dans deux situations. D'une part dans les élevages à modèle contagieux où les infections à staphylocoques et à streptocoques sont prépondérantes. Ces élevages se caractérisent généralement par des infections de longue durée avec des comptages cellulaires assez élevés et peu de mammites cliniques.

D'autre part dans les élevages à modèle environnemental dominant avec prépondérance de Streptococcus uberis. Ces élevages se caractérisent par des infections plus courtes avec des comptages cellulaires souvent peu élevés et de nombreuses mammites cliniques. Des analyses bactériologiques sont nécessaires pour s'assurer de la prépondérance dans l'élevage de Streptococcus uberis par rapport à E. coli.

• En cas d'échec du traitement de première intention (caractérisé par l'absence totale de régression des signes cliniques à 48 heures après le début du traitement, ou par une régression incomplète des signes cliniques à 5 jours, ou encore par une rechute clinique entre 5 et 21 jours), un traitement de seconde intention sera institué sur la base d'une analyse bactériologique préalable. On choisira pour ce traitement de la dernière chance un antibiotique à spectre étroit spécifiquement actif contre le pathogène identifié.

• Lorsqu'on associe la voie locale et la voie générale, il faut choisir pour la voie générale un antibiotique à spectre aussi étroit que possible : pénéthamate ou macrolides contre des espèces à Gram +, colistine ou l'association sulfamide triméthoprime contre les Gram -.

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Le traitement de seconde intention doit être raisonné 
sur la base d'une analyse bactériologique

 

Votre rôle est déterminant

• Il est impossible d'assurer l'efficacité et la sécurité du traitement des mammites en l'absence d'une démarche diagnostique suffisante. Outre la réalisation de comptages cellulaires individuels à fréquence mensuelle, vous devez assurer un dépistage systématique et précoce des mammites cliniques par l'examen à chaque traite des premiers jets de lait dans un bol à fond noir (ou par un système automatisé dans les robots de traite); la prise systématique de la température des animaux présentant des signes cliniques sur le lait ou sur le quartier; la prise d'un échantillon aseptique de lait (à congeler) sur tous les cas de mammites cliniques traités en première intention; et l'enregistrement systématique de tous les traitements mis en oeuvre.

• Il faut aussi renoncer à distribuer aux veaux le lait des animaux traités contenant des antibiotiques, sans quoi tous les efforts réalisés en amont pour maîtriser le risque d'antibiorésistance seraient rendus inutiles.

• Enfin, la mise en oeuvre d'un plan de traitement n'est pas une fin en soi. Elle doit être adossée à un plan de prévention où vous détenez le rôle principal.

 

Source : Réussir lait

 

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