Pourquoi fournir une eau de qualité à ses animaux?

Publication : dimanche 28 juin 2015

Source de vie, l'eau est également vecteur d'un certain nombre de maladies et substances dangereuses et sa qualité doit être contrôlée avant d'abreuver les animaux.

Les mares sont très exposées aux contaminations. 
Leur utilisation directe pour l'abreuvement des animaux est déconseillée.


La qualité de l'eau dépend de plusieurs paramètres: odeur et goût, propriétés physico-chimiques, contamination microbienne et teneur en composés toxiques. La contamination microbienne est le principal risque pour les animaux: un certain nombre d'agents pathogènes peuvent être véhiculés par l'eau d'abreuvement et une eau de mauvaise qualité sera donc considérée comme facteur de risques. Cependant, constater une anomalie de la qualité de l'eau n'implique pas systématiquement une répercussion sur la santé des animaux qui la boivent, ni que les troubles observés sur ces animaux soient liés à cette anomalie.

S'il est difficile de connaître les doses contaminantes, il est évident que celles-ci sont plus élevées pour les bovins adultes que pour les veaux, et ces derniers seront donc plus sensibles à la qualité de l'eau. De même des animaux déjà malades ou fragilisés (après un vêlage par exemple) seront plus sensibles à la qualité de l'eau. Il ne faut donc pas négliger de s'intéresser à l'eau lors d'un problème insidieux en élevage.

Existe-t-il un lien entre eau d'abreuvement et diarrhées?

L'ingestion d'une eau de mauvaise qualité peut se traduire par des diarrhées sans conséquences majeures chez les bovins adultes, mais plus préoccupantes chez les veaux. Plusieurs origines sont possibles pour ces diarrhées: les micro-organismes sont souvent mis en cause de façon générale. Certains éléments chimiques ont aussi cet effet lorsqu'ils sont présents dans l'eau en excès, de même que les substances dissoutes. « Les excès de sulfates, principalement, mais aussi de magnésium, se révèlent laxatifs », explique un
professeur de toxicologie à l'école nationale vétérinaire de Nantes et membre du Capa-Ouest (1). Ces éléments sont liés à l'environnement : certains sols sont naturellement riches en sulfates qui peuvent s'infiltrer et modifier les teneurs des eaux de forages et de puits.

La salmonellose peut-elle être transmise par l'eau de boisson?

La salmonellose est l'une des infections d'origine hydrique les plus répandues. Les salmonelles, fréquemment présentes dans les eaux de surfaces en petites quantité, s'y trouvent parfois assez nombreuses pour contaminer les animaux.
Mais l'animal peut ingérer une eau contaminée pendant longtemps sans que rien ne se passe. C'est lors d'un moment de stress, ou s'il est fragilisé et se trouve immunodéprimé, que la maladie risque de se déclencher.

De plus on ne connaît pas les doses contaminantes, et l'animal va pouvoir consommer un certain nombre de bactéries sans rencontrer de problèmes. L'apparition d'une maladie dépendra du temps pendant lequel il sera exposé à la contamination, donc de la durée de vie de l'animal.
« Quand on fait des analyses d'eau, on se base sur des indicateurs de contamination fécale utilisés pour surveiller la potabilité de l'eau (par exemple, les coliformes). Plus il y a de bactéries fécales, plus il y a de risques d'avoir des bactéries dangereuses comme les salmonelles. Il faudrait rechercher les agents directs pour avoir des certitudes, mais cela serait plus compliqué et plus coûteux à mettre en oeuvre en analyse de routine », explique un spécialiste de l'Institut de l'élevage. La qualité bactérienne de l'eau d'abreuvement est mise en cause dans un certain nombre d'autres maladies. Le botulisme, maladie pouvant entraîner la paralysie des animaux et aller jusqu'à leur mort, est lié à la contamination des eaux de surface ou de puits par un cadavre (oiseaux ou rongeurs le plus souvent), d'où l'importance de bien protéger ses captages et puits. La leptospirose, transmise par l'urine des rongeurs, peut, elle, provoquer avortements et photosensibilisation. Cependant l'occurrence de ces maladies est rare.

L'eau d'abreuvement peut-elle être à l'origine de mammites?

« Aucun lien n'a jamais été vérifié entre l'eau d'abreuvement des animaux et le déclenchement de mammites, et il est peu probable que ce lien existe ». Les bactéries ingérées par la vache ne peuvent entraîner de mammites car la contamination se fait par voie externe, souvent en provenance de l'environnement et il est très peu probable qu'une contamination par voie interne soit possible.
Cependant, sur le terrain, plusieurs vétérinaires mettent en garde contre une possible recontamination de l'environnement via les bactéries présentes dans l'eau ingérée par les bovins puis déféquées. « Cette recontamination multiplie les bactéries présentes dans l'environnement des animaux (litière, etc...) ce qui accroît le risque de mammites à colibacilles », explique Hubert Vin, vétérinaire. Cette position ne fait pourtant pas l'unanimité : « La quantité de bactéries ainsi bues et excrétées est trop faible pour avoir un réel impact sur l'environnement, d'autant plus que les souches de bactéries colonisant l'eau, vivant dans les forages à 4-8 °C ne survivent pas toutes dans des litières à température plus élevée », expose Philipe Roussel, de l'Institut de l'élevage. En revanche, il est évident que l'eau de lavage des trayons peut entraîner des mammites si elle est contaminée par des bactéries.

 

Les animaux fragilisés ou stressés, plus sensibles, sont les premiers touchés par une mauvaise qualité de l'eau, il est donc conseillé d'utiliser de l'eau potable 
pour leur abreuvement.


Peut-on faire boire les eaux de surface?

L'abreuvement des animaux avec des eaux de surface (mares, cours d'eau...) pose des problèmes de parasitisme. Le principal risque est de contracter la douve, un parasite du foie qui entraîne un amaigrissement des animaux, une baisse de la production et une saisie des foies à l'abattoir.
Les eaux de surfaces sont aussi plus exposées aux contaminations diverses et donc plus vulnérables. L 'éleveur qui décide de les utiliser malgré tout doit donc les surveiller et s'entourer d'un certain nombre de précautions pour les mettre à l'abri des sources de pollution évidentes (station d'épuration, animaux...). Il est déconseillé de les utiliser pour l'abreuvement des veaux. Le cas des mares est le plus délicat car l'eau est stagnante ce qui favorise la multiplication des bactéries, et leur utilisation est à proscrire à moins de pouvoir chlorer.

Quels sont les risques avec les contaminants chimiques?

Les problèmes ne viennent pas seulement de contaminations microbiennes: on retrouve dans l'eau des substances toxiques comme des métaux lourds (arsenic, chrome, mercure, plomb). Si les bovins les supportent assez bien et sont plus tolérants que ce qu'imposent les normes de potabilité, ces métaux sont cumulatifs et non éliminés, et c'est donc la consommation d'une eau contaminée sur la durée qui peut être dangereuse et entraîner avortements ou déformations foetales. Pour les nitrates, on considère que les bovins adultes peuvent ingérer une eau en contenant jusqu'à 200 mg/1 sans risque. On trouve aussi parfois des pesticides dans l'eau. Le problème avec ces substances indésirables est qu'elles peuvent se retrouver dans le lait.

MISE EN GARDE

Les bovins sont sensibles à l'odeur et à la saveur de l'eau. Des excès de sulfures provenant de la décomposition de protéines soufrées (végétaux ou animaux en décomposition), de sulfates, de manganèse ou de fer peuvent freiner la consommation d'eau. La corrosion des canalisations en cuivre ou zinc sous l'action des microorganisme ou de l'acidité de l'eau diminuera aussi son appétence, de même que la prolifération d'algues dans les abreuvoirs. 

Attention à la teneur en fer de l'eau

Selon les régions, on peut trouver des eaux à forte teneur en calcium ou en fer. « Pour une vache laitière, une eau calcaire n'est pas néfaste, elle peut même contribuer à couvrir près du quart de ses besoins en calcium dans certains secteurs, estime un spécialiste de la nutrition minérale. Par contre, une eau riche en fer risque d'entraîner une carence en cuivre. Il conseille de ne pas dépasser une teneur en fer de 300 à 400 mg/I. Mais il n'est pas rare que l'on soit très largement au-dessus.  
Beaucoup d'exploitations disposent d'une eau ferrugineuse sans le savoir. Notamment dans les anciens bassins d'extraction du fer (Lorraine, Maine-et-Loire, plaine de Caen...). La question de l'excès de fer ne se pose pas pour l'eau du réseau car celle-ci est systématiquement déferrisée pour la consommation humaine. Par contre, si un élevage utilise l'eau issue de puits, forages ou retenues et qu'une carence en cuivre est suspectée (problème de fertilité non expliqué, décoloration des poils...) malgré des apports en minéraux adaptés, une analyse de la teneur en fer de l'eau de boisson est recommandée. 

(1) Centre anti-poison de l'Ouest

Source : Réussir lait

 

Design BestInformatic